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Histoire

Coordinatrice Lilie le 21/10/2006

Le jour se lève sur notre petite bourgade. Bientôt les hommes sortiront du hameau pour aller travailler aux champs, et les femmes s'affaireront à leurs travaux domestiques. Les enfants assez grands pour travailler aideront aux travaux de leurs mères, les autres joueront dans les cours. Et moi je serais loin. Loin du château de mon père, le grand Général des armée. Loin des terres de mon enfance. Loin des miens. Dans quelques heures, l'escorte du Responsable d'une école de combat de grande renommée viendra me chercher. Et je partirais.

Tout en pensant, j'avais deja enfilé la robe que l'on m'avait préparé pour le voyage. Vraiment elle ne me va pas. D'abord parce que sa couleur est atrocement mal choisie. Et ensuite parce qu'elle ne me met pas en valeur. Mais à quoi bon... De toutes facons mon futur époux a la soixantaine passée. La soixantaine passée... Pensée cruelle et fulgurente. Je vais épouser un homme qui a 45 ans de plus que moi. Tout cela pour faire plaisir à un père avare de gloire. Si l'on laissait les jeunes femmes tracer elles-même leur destin, il y aurait sûrement moins d'adultère.

J'avais du sourire à cette pensée car Amelia, ma servante, s'approcha de moi.

"Quelque chose vous rejouis ?"

Surtout ne pas répondre... Ca ne servirait à rien, elle le répéterait. Et puis cela ne la regarde pas, elle n'est qu'une servante. Moi je suis la fille d'un haut dignitaire. Moi je suis Noble. Ne plus sourire et ne plus la regarder, ne plus penser même.

Je sortis de la pièce dans ma robe de voyage, laissant en plan la servante, et descendis les longs escaliers qui menaient à la piece principale. Il fallait décidement changer de domestiques, ceux-là prenaient leurs aises.

A mon entrée dans le bureau de mon père, silence. J'avais du couper une discussion importante. Pour briser un peu la glace, j'articulais un "Je derange ?" qui sembla passer innaperçu. Vraiment je devais être de trop. On ne derange pas un général des armées quand il parle avec son second, c'est dangereux, même quand on est sa fille. D'ailleurs qu'est ce que je risque à faire ceci ? Je vais déjà épouser un vieillard.

"Je peux être utile ?" Nouveau blanc. Décidement c'est une manie. J'avisais un fauteuil et je m'installais insolemment. Aucune réaction de mon paternel. Ca devait être très grave. Apres quelques minutes de silence, je me décidais à sortir. Vraiment, c'était trop ennuyeux pour avoir un quelconque intérêt. Sûrement parlait-il encore et toujours de cette histoire de forêt. Ridicule.

Comment mon père peut-il être chef des armées alors qu'il sait à peine tenir une épée... Grande interrogation et personne avec qui la partager. Fille unique d'un Comte, mauvaise pioche. J'aurais pu être son fils, ou avoir quelques frères et soeurs. Mais non, ma mère est morte en couche avec mon petit frere. En plus de l'avoir peu connue, j'ai raté l'occasion de pouvoir m'amuser avec quelqu'un.

Passage devant une fenêtre oblige, je jetais un regard dehors et vit mon escorte. Que des hommes en armes, tous dans la trentaine. Des nobles ? Sûrement pas. Tous des gueux. Pensée amusante, moi une noble allais être conduite vers un autre noble par des gueux. Des gueux en armures richement parées, mais des gueux tout de même.

Bon de toute façon, pas le choix, il faut y aller. On respire un grand coup, ca va aller. La diligence est déjà prête, il ne manque plus que moi. Et si je n'y allais pas... Non mieux vaut s'en échapper plus loin si vraiment je ne veux pas voir cet époux. Sinon mon père me tue. Quoi que c'est déjà fait. Il me reste l'adultère. Pensée amusante que celle-ci, même pas mariée que je veux déjà le tromper. Et avec qui ? Sûrement pas un gueux... Espérons qu'il ait des fils.

Quel incofort! Une telle diligence pour sa future ? Cela promet... Et puis ces gueux n'ont aucune manière! Après avoir jeté mes bagages négligemment, ils m'ont fait monter dans ce... cet... cette monstruosité! sans aucun ménagement. Ne pas pleurer, ravaler son orgeuil pour le moment, être digne et forte! Trop tard... Quelle inconvenance...

"Ne pleurez pas ma fille, nous nous reverrons" Cette fois-ci c'est tout autre chose! Se retenir de rire devant un tel ridicule. Bien sûr que je ne pleure pas pour lui, mais pour ce carrosse. Cette façon de me traiter est indigne! J'espère juste que ce Maître du combat se conduira mieux...

Je fermais les yeux et m'endormais. A mon réveil nous étions loin. Je ne savais pas trop où, mais nous étions vraiment loin... Et puis les chaos de la route.. Mais que fabriquent ils encore ?! Il faudra faire punir ce cocher. Vraiment c'est trop fort, en plus de me traiter comme une des leurs, ils empruntent des routes perrilleuses. Je jetais un oeil par la fenêtre... Mais ou était mon escorte ? Encore une erreur de leur part, et je les faisais répudier !

L'arrêt fut brutal. Je jetais un oeil par la fenêtre... Qu'est ce que cet endroit ? Arreté dans un bidonville! Un homme s'avanca et m'ouvrit la porte. Il était jeune mais semblait encore plus sale que les autres.

"Ne me touchez pas ! Qu'est ce que ces manieres!" Et il rit en plus... on ose se moquer ouvertement de moi! Garder un air digne et descendre magnifiquement du carrosse, oui, voilà ce que je vais faire. Trop tard, l'homme m'attrapait par le bras et me jetait hors du carrosse. Que se passe t'il ici ?!

Je me relevais, gardant la tête haute, et leur lancais un regard de tueur. Ca ne se passerait pas ainsi, mon père en serait avisé. Mais déjà l'homme qui m'avait jeté au sol m'empoignait. La diligence repartait, sans moi... Mais pourquoi ? Quelle était cette comédie grotesque, cette mascarade étrange et insolite ? Ne pas pleurer, tu as passé l'âge ma grande. Il faut savoir être forte.

On me traina à travers le village, ma robe se salissant et se dechirant dans des sentiers peu pratiquables. La marche fut longue, surtout pour moi qui n'en avait pas l'habitude. On arriva à une sorte de camps. Que des pouilleux ! Quand père saura cela !

"Lachez moi vous dis-je!" Alors on s'exécuta, en m'envoyant la tête la premiere dans une sorte de petit cabanon de bois. Et on m'y laissa. Comment diable peut-on à ce point ignorer les rangs sociaux ? Je fondais en larme en me recroquevillant dans le fond de la cabane. Vraiment c'était trop fort.

En pleine nuit la porte s'ouvrit. Je me relevais et prenais un air digne et outré. Un homme entra, le même que celui qui m'avait jetée au bas de ma voiture dans la journée.

"Alors, elle alliont bien ma p'tite dame ?" Ma p'tite dame ? Encore une insulte impardonnable ! Ce gueux devra être pendu quand je rentrerais, ho que oui !

"Je ne vous permet aucunement de me nommer ainsi." Et voila qu'il rit. Devant mon air agacé il cessa et prit un ton menacant.

"L'étions pas prête de pouvoir se prendre de nouveau pour une nobliotte la beauté, alors t'aviasse intérêt à m'obéir au doigt et oeil. Parce que là bas y'avions une bande de sans-coeur qu'y en avions après ta belle pieau."

Une bande de sans-coeur qui en aurait après moi ? Pourquoi ? Bien sûr ils auraient pu être brigands, mais tous mes biens étaient restés dans la diligence. Alors que restait-il ? Et quel était le but de cette comédie ?

Déjà l'homme resortait, sans avoir répondu à mes interrogations, et ne réapparu que pour me porter un repas que je laissais volontier aux chiens : une sorte de ragouts puant dans lequel flottaient des morceaux de viande. Indigne d'une Noble ! Malgré tout au bout de deux jours à vivre ainsi, j'avalais quelques bouchers de la mixture, afin de ne pas tomber d'inanition. Infâme, comme prévu... Du lard à ce que me dis mon gardien. Qu'est ce que du lard ? Ne pas poser de questions et avaler, sinon je ne mangerais sûrement pas !

Des jours passés dans cet endroit miteux à ne rien faire d'autre que dormir et manger. Ma robe était sale, déchirée, et je devais être dans le même état. En même temps je n'aime toujours pas cette robe.

Un matin la porte s'ouvrit et on me fit sortir. J'étais dans une sorte de camp de fortune dont on me fit faire le tour. Des femmes et des enfants s'amassaient là, sales, pouilleux... L'un d'eux me jeta une pierre, et je le regardais avec un air si dur qu'il recula. Quelles manières ! Enfin je ne m'étonnais plus de ce qui se passait, je n'avais qu'une idée en tête : revoir mes terres. On me conduisit devant une sorte de tribune sur laquelle siégeait un homme, à peine plus vieux que moi. Il fit signe aux autres de s'éloigner, et tous obtemperairent. Ainsi c'était lui le chef... ?

Je le regardais froidement, prenant la posture la plus digne que je pus... Mais cet accoutrement ne m'aidait en rien. L'homme me toisa un instant, puis, soudainement, me sourit. "Bonjour Mademoiselle, avez vous fait bon sejour ?" Mon air outré paru lui plaire car son sourire se raviva encore.

"J'exige de savoir où je suis!"

"Vous exigez ? Voila qui est risible. Vous n'avez plus rien pour exiger quoi que ce fut. Votre "rang" n'est plus rien! Et si vous êtes ici, c'est parce que j'ai eu la bonté de vous sauver."

"Me sauver ?" J'émis un faible ricannement qui devait sembler bien faux dû à mon air étonné." Et en quoi me mettre dans un tel endroit de misérable peut-il me sauver ? Je suis Noble, j'ai un château et des gardes ! Cet endroit ne me sauve en rien!"

"Vous croyez ? Désirez vous que nous vous raccompagnions jusqu'à votre... château ?"

"Bien sûr que je le veux!" Et je lui lançais cela avec un air de dédain.

Il rappela ses gardes et me fit monter dans une charette déjà atelée. Une charette... Les gens me verront passer, moi, une Comtesse, dans une charette ! Inconcevable !

"Vous préférez marcher ? Il est vrai qu'il n'y a là qu'une cinquantaine de lieues à traverser."

Je fis ce que ma nourrice appelait contre mauvaise fortune bon coeur, et m'asseyait dans un coin de la charette, bien décidée à leur faire payer cet affront. Le "chef" se placa à mes côtés.

"Alors Mademoiselle, puis je connaître votre nom ?"

"Je suis la fille du Général des armées, vous n'avez rien besoin de savoir de plus !"

"Oui je sais, et l'ancienne future épouse du défunt Responsable de l'école qui forment les meilleurs guerriers du pays. Ce que je veux, c'est votre prenom."

"Celà ne vous regarde en rien !" Ces dernières paroles furent expédiées. Apprendre que mon promis était mort ne m'attaignit absolument pas, loin s'en faut.

Le passage se continua pour ma part en silence. Les gueux parlaient entre eux en m'ignorant. Enfin nous vîmes au loin le château de mon père. Mon air devenait, je le savais, de plus en plus autain. Maintenant j'étais sauvée, et eux étaient déjà morts.

Mais l'approche du château fut bien différente de ce à quoi je m'attendais. Des morts jonchaient les routes... Des gardes de mon père, et des gueux. La peur me prit subitement, et je me retournais pour pouvoir observer décemment le château. Ca et là, des poutres étaient visibles derrière les murs béants. Etait-ce des arbres que je voyais à travers...? Mon "hôte" ne semblait pas plus ravi que moi et observait les alentours avec un regard accablé de douleur. Lorsque nous fûmes devant la porte, je descendais de la charette sans demander d'aide à qui que ce fut et courrait à l'intérieur.

Une vision d'horreur me frappa. La grande salle du château était jonchée de cadavre, pour la plupart étranglés... par des racines ? Des femmes, des enfants... Tous étaient morts, quel que soit leur âge. Je courrus à travers les longs corridors du château jusqu'à la salle où mon père tenait conseil. J'ouvris les porte d'une volée, et m'arrêtais subitement.

A la place du mur de fond, la forêt s'étalait à perte de vue...

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