:: Rêves d'une catin ::

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Ambiance

Concepteur TanK le 21/10/2006
Laissez-la devenir catin,
Bientôt, peut-être, le destin
La fera Marquise ou Comtesse.
Joli minois, coeur libertin
Font bien des titres de noblesse.
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Histoire

Concepteur TanK le 21/10/2006

Sous la nuit étoilée mais pourtant terriblement obscure, Dorianne, jeune femme Hérondenais nouvellement mariée, préparait le second et dernier repas de la journée. Une forte odeur de canard mariné envahissait la demeure, tandis qu'elle s’affairait à la coupe des légumes d’accompagnement. Elle tranchait à vive allure les racines et les morceaux de rutabaga fraîchement cueilli au levé du soleil. C’était un véritable festin, digne des banquets de nobles, que cette mère adorée préparait à ses petits aujourd'hui. Autour de la tablée, ses nombreux enfants attendaient avec impatience leur assiette. Fourchette à la main, ils bavaient à la vue du gigantesque canard gisant dans la... *Cognement sourd sur une porte en bois*

- "Debout la d'dans! V'la un bon moment que le soleil s'est levé, c'est l'temps de quitter mon auberge!"

Catin

Dorianne ouvrit un oeil et vit qu’en effet quelques rayons du soleil passaient par-delà les minces rideaux. Elle ouvrit l’autre œil, émergea lentement de son rêve et lâcha un long soupir, rempli de déception. Elle était allongée, nue, dans un grand lit froissé. En tournant la tête, elle remarqua ce parfait inconnu qui dormait profondément à ses côtés. À la vue de celui-ci, une larme coula le long de sa joue et tomba sur l’oreiller de paille et de plume qui soutenait sa tête. Elle ne put s'empêcher de pleurer comme à chaque matin, se rappelant sa vie de catin. Après quelques larmes versées, elle se ressaisit et bondit hors du lit. Elle enfila sa robe brune au décolleté évident, rangea le Yatz salement gagné et quitta l'auberge, ne se donnant même pas la peine de réveiller son client. En passant le cadre de porte, elle marmonna pour elle-même: « encore quelques temps et tout ceci s’achèvera..!» Il était temps pour elle d’avoir une vie, une vraie. Enfin, c’est ce qu’elle se disait; histoire d’avoir un semblant d’espoir, pour ne pas s’écrouler.

Tandis que Dorianne se promenait dans la rue pavée en direction de son ‘coin de travail habituel’, elle croisa un racgna qu’elle connaissait de vue; elle ignorait toutefois son nom. Elle savait seulement qu'il était l'un des fossoyeurs du cimetière, celui des quartiers pauvres : une sorte de fosse où on entassait généralement les cadavres pour les enterrer ensemble. Comme elle, il travaillait de nuit… il était donc étrange de le voir avant le crépuscule. L'homme était blessé au pied droit, il boitait et se servait maladroitement de sa pelle comme béquille. C'est avec cette démarche lente et bancale qu'il retournait à la maison, portant sur lui le fardeau de son dur labeur. Ayant pitié de son état, Dorianne n'hésita point à faire ce qu'elle put pour lui venir en aide :

"Monsieur, vous êtes blessé!" s’exclama t’elle. "L'hospice n'est pas loin! Allez, je vais vous aider à marcher."

Elle lui prit le bras avec une tendresse surprenante, mais il la repoussa d'un coup brusque et marmonna :

"Ah ça non! Si tu crois que je vais débourser la moitié de ma paye de cette nuit pour une malheureuse blessure, tu ne connais en rien mon métier..."

"Mais bon sang, comment avez-vous pu vous faire une telle plaie?" dit Dorianne, en examinant de plus près la blessure.

Le racgna détourna son regard vers la pelle qu'il tenait dans sa main droite, puis il soupira.

"Vous savez aussi bien que moi qu'il y a bon nombre de guerriers qui s'aventurent dans cette forêt. Vous ignorez pourtant la quantité de cadavres que l'on nous rapporte."

Après s’être raclé la gorge, il rajouta :

"Sans compter ceux qui disparaissent dans cette jungle maudite."[/p]

"Ça ne me dit toujours pas comment vous avez pu vous blesser ainsi au pied" dit-elle d’une voix trahissant sa curiosité.

Après sa tentative pour détourner le sujet, il répondit honteusement :

"Vous vous attendez probablement à un exploit glorieux. Eh bien, non. Un coup de pelle. Un simple et vulgaire coup de pelle sur le pied; plutôt humiliant. C'est la fatigue, je ne dors jamais. Mes rêves sont constamment hantés par ceux que j’enterre."

Il repartit ainsi, tête basse, vers sa demeure sans que Dorianne ne put rien ajouter. Cette froide conversation se termina donc aussi brusquement qu'elle avait commencé.

L’obscurité, celle venant remplacer celle du jour, finit par s’installer dans le quartier des Ombres, toujours en avance sur le reste de la Cité. La chaleur du soleil était rapidement remplacée par la fraicheur de cette nuit sans étoiles. Malgré que Dorianne résidait dans ce quartier depuis son enfance, elle s'y sentait ce soir-là terriblement mal à l'aise; elle en avait même des frissons, ces mêmes frissons que lors d’un mauvais présage. Les yeux errants, elle s'efforçait en vain de percer les ombres de la nuit. Un bref coup de vent se fit sentir sur sa nuque, elle avait senti une présence qui la suivait, qui la frôlait presque. Elle n'osa se retourner et ne fit qu'accélérer le pas. Elle l’aurait amèrement regretté si elle aurait survécu à la dague de son assaillant… ou peut-être pas après tout, elle en avait assez de cette vie misérable.

Quoiqu’il en soit, le Racgna fossoyeur reconnut rapidement la jeune dame tandis qu’il lançait son cadavre dans une fosse commune. Il eut un léger mouvement de dégoût mêlé à de l’amertume; la jeune Hérondenais allait assurément revenir le voir dans ses rêves...

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